« Une humanité spirituelle existe déjà, en vérité, et, dans l’écroulement de toutes les hiérarchies humaines,
l’Esprit de Dieu ne cesse de susciter l’aristocratie silencieuse des âmes,
qui attestent que pour être, il faut se donner »
Maurice Zundel

evenguil

Bien que clairvoyante et clairaudiente* depuis plusieurs années, je n’aurais pu recevoir, en continu, ce fleuve « verbe » qu’est Even Guil sans que mon être physique, psychique et émotionnel n’y soit préparé. Il n’y aurait probablement pas résisté. Il y eut  déjà des poèmes d’étrange coloration, lorsque j’étais adolescente , puis à partir de  l’année 1987.
Mais, je retiens surtout ces deux préambules ci-dessous, forts, « engagés  » et révélant déjà une onde bien particulière et qui jaillirent quelques mois auparavant, au cours de l’année 1989. Ils ne furent pas écrits mais enregistrés puis retranscrits, comme le furent les Chants d’Even Guil car cette parole intérieure est si « débordante » que la plume ne la contient pas.

 

 

 

 

 

ON M’APPELLE DAME …

 

« On m’appelle Dame et je n’ai plus de nom
Je porte sur mon âme le signe du pardon ».

 

Il y a bien longtemps que tout se trame, que tout se construit, que tout se vivait dans le non vécu, dans ce non vécu où l’homme dit ses mots et où les mots ne veulent rien dire.
Et je ne vais pas me demander où je vais.
La réponse est ailleurs, là où l’être va, là où le monde se met en marche et où j’apporterai simplement une braise, un feu, une larme, un inspir et un expir qui dessinent la trajectoire de vie de tous les êtres.
Il ne faut pas me demander de parler.
Parce que je n’ai pas de mots. Penser n’est pas exact si penser est sans inspir et sans expir.
Je n’ai pas de temps : le temps n’existe pas.
Quand je vois le temps, il est ligne illusoire du plancher du théâtre des hommes. Leurs espoirs, leurs pensées, leur vision d’eux-mêmes, c’est le décor du théâtre. Dedans, les personnages jouent, s’animent, s’emprisonnent, se causent. Je regarde le théâtre. Ma conscience est au-dessus, en dessous, à côté, ailleurs? Où est-elle?
Où est-elle !
À rechercher l’authentique de soi-même, on ne rencontre plus rien : plus de nom, plus de visage, plus de cœur car le vieux cœur qui a aimé n’est pas le cœur de Soi. On rencontre le sans nom, le sans demain, le sans hier, l’absolu moment de la verticalité, l’absolu moment où s’exhale la lumière.
Et là, je suis à la frontière, dans le doux cheminement de l’être, là où il était déjà, là où il sera, là où il devient, là où, en verticalité encore une fois, il est pour toujours. Je n’ai plus de lieu, je n’ai plus de temps. Je suis –sans chercher,sans parler, sans savoir-, je respire au rythme d’une vibration que nul n’entend, que tout le monde connaît, que personne ne met en diagramme sur un papier calligraphié : l’homme ne sait pas encore mesurer.

Ma vie explose tout à coup, comme si sa définition venait de naître, comme si je savais enfin pourquoi je suis là, pourquoi je devais vivre, pourquoi surtout je ne pouvais pas mourir. Et je rencontrerai l’être souverain qui saura dire les mots, réveiller les foules, exhaler les consciences. L’Europe se réveille, le monde se réveille, je suis l’écho de tout cela, l’un des milliers d’échos de tout cela, je suis le prix à payer. Nous serons beaucoup. Et aujourd’hui, c’est le pourquoi pas de ma vie qui se pose. Et mes anciennes colères reviennent au bord du feu : colère contre le mensonge, la fausse vie, ces regards d’aveugle, ces paroles pour ne rien dire, ces mots vides de sens, ces mains tendues qui n’ont rien à donner, ces pauvres corps qui pourrissent sur pied parce qu’ils ne savent reconnaître leur beauté. C’est ma colère qui veille le feu.

Vivre l’UN sans les autres n’est pas vivre. Ne pas vivre pour les autres est déjà mourir. Si tu vis pour toi, tu ne vis pas, si tu vis pour l’autre, peut-être vas-tu naître ?

« On m’appelle Dame et je n’ai plus de nom
Je garde sur mon âme le signe du pardon ».

Et si d’aventure je croise l’être silencieux, je lui demanderai le partage et le pain et le sel me donnera car ils sont le fruit des pluies divines qu’il tient dans sa main. Et c’est là que viendra le silence, celui que j’attends, que je cherche, qui, petit à petit, pas à pas, cœur à cœur se définit, dans la demande d’absolu de mon être qui s’oublie parfois et se reconnaît souvent dans la marche de la terre. Il est un feu qui couve depuis longtemps : l’Europe se réveille, signe des temps de demain et nous en sommes les témoins, témoins actifs, témoins muets, témoins de foi, travailleurs dans l’invisible pour le visible de l’homme.  Je n’accepterai jamais la souffrance, je n’accepterai jamais la mort, je n’accepterai jamais l’ignorance de l’homme.
Là est ma foi, là est ma vie, là est le pari, là est le défi.
Je chercherai aux confins de moi-même jusqu’à exploser la membrane ce qui fait que l’homme est prisonnier de lui-même, … est prisonnier de lui-même. Je n’irai pas au bout de ma vie, j’irai au bout de la vôtre. Je crèverai l’abcès de l’oubli pour que vous compreniez simplement par le regard, ce nouveau regard levé en vous-même,  qui vous êtes, où vous allez, ce que vous étiez, ce que vous pouvez être, ce que vous n’osez exprimer, ce que nous n’osez pas devenir. Et jamais, jamais,  je ne serai fatiguée. Et si vous rencontrez le mensonge, soyez humble devant le mensonge. Le mensonge de l’être, c’est sa dernière parade, c’est la plume de l’oiseau qui n’ose pas s’envoler. Et si vous rencontrez le borgne, c’est bien le borgne que vous devez rencontrer. C’est l’œil qu’il a crevé pour ne pas souffrir. Et j’ai mal de tout cela.
L’aveuglement volontaire est la démission de l’homme !
Aujourd’hui, on parle beaucoup. On parle de Dieu, on parle des Esprits, on parle des Anges, on parle des Ames. L’exotérisme bat son plein sur un champ de foire. Il est le refuge des faibles, le bras des aveugles, la nourriture des faux-semblants, le masque des mauvaises consciences, la crainte des peureux.Tout en vrac, mes révoltes !
Et tous ces groupes de prière qui surgissent de par le monde ?
La prière est silencieuse, la prière est immobile, la prière est la lumière dans le pilier de l’homme. Et la prière n’a pas de mot, pas de phrase, pas d’émotion, pas de pensée. Elle n’a rien d’humain, cette prière, rien d’humain et rien ne vient justifier la foi, rien. »Oh, tu as bien peu de foi » me diront les adorateurs d’icônes, « si tu ne sais pas prier ». Comment leur dire que la prière descend et monte, monte et descend dans un mouvement incessant d’énergie de lumière où l’être n’a pas de mots pour mettre son empreinte : La prière est le Chant sacré. Et ce Chant est Silence, Il est Immobilité, Il est Eternité. Et j’inviterai les hommes à venir au rendez-vous d’eux-mêmes dans le secret de leur âme, au bout de leur vie, je les inviterai à contempler leur propre sourire, à oser se regarder dans les yeux pour savoir qu’ils sont beaux, pour savoir qu’ils sont saints, pour oser ce qu’ils sont, pour oser se nommer. Mais je parle d’une vie qui n’est pas l’aujourd’hui, d’une vie qu’ils connaîtront demain, d’une vie qui sera sur la terre, un jour.
Il n’y a ni lieu ni temps dans l’éternité et je chante ! …
… Je chante et je vois des milliers de mains levées de par le monde qui réclament, qui appellent : l’homme ne sait pas son bonheur. Le bonheur est caché au sein de ces êtres qui détiennent la grâce de demander sans chercher à recevoir. Ce sont ceux-là que j’appelle, ils sont dans ma mémoire, je les rejoins dans mes rêves.

Je bannirai toute religion pour rencontrer Dieu.
Je renierai ceux qui parlent faux pour rencontrer l’homme.
Et j’irai jusqu’au bout. Jusqu’au bout de moi-même, jusqu’au bout de l’autre,
J’irai jusqu’au bout de la terre pour dire,
Au-delà des mots, comment résonne le cœur.

J’irai jusqu’au bout, mais je ne suis pas née pour cela ! …
Je suis simplement née pour apprendre à respirer, pour apprendre à me tenir debout, pour apprendre à aimer, pour apprendre à donner, pour apprendre à mourir. Je n’étais pas venue pour cela. Mais comme un escargot laisse sa trace, espérons que nous serons nombreux à laisser la nôtre.

Et si je me demande, là, qui je suis,
je suis graine dans les hommes qui ne sont pas nés,
un aujourd’hui du demain, le demain d’un hier,
je suis, quelques instants, l’éternité

.
Et ceux qui ont en conscience cette éternité de l’homme, qui ont le cœur assez grand pour aimer la terre, plus grand encore pour embrasser la lune, le soleil, vénus et les milliers d’autres planètes et l’au-delà de l’au-delà de l’au-delà, que ceux qui sont déjà là entendent bien ce qu’ils reconnaissent, ce qu’ils vivent, ce qui les anime, ce qui fait le double inspir de leur vie.

« On m’appelle Dame et je n’ai plus de nom
Je porte sur mon âme le signe du pardon. »

 

LE CHANT OUBLIE


Un homme va naître et, avant de descendre sur la terre,
Il jette un dernier regard
Sur le monde qu’il va quitter,
Vers le monde où il va entrer

Et la voix de père dit à l’enfant

Au-dessus de ce que tu vois est ce qui est
En dessous de ce que tu vois est ce qui est
Ce qui est baigne et s’abrite dans l’ineffable humilité de l’univers
Là où le vide chante le plein
Là où le plein épouse le vide
Dans l’absolue nudité du non-dit

Et le père dit à l’enfant
Il te faut apprendre à respirer les parfums de ton être
Comme une fleur que tu écraserais dans ta main
Dégage alors des senteurs de plus en plus fortes
Toi aussi, ainsi tu es … dans l’extraction lente de ton essence

Un enfant va naître et le père dit à l’enfant

Il te faut apprendre à marcher
De cette marche aveugle mais confiante, chaotique mais …  élancée
D’un enfant à ses tout premiers pas
Regarde ! Il ne tourne pas la tête en arrière
Il n’a pas le souvenir
Il lève les yeux et les bras vers le ciel
Cherchant là justement l’équilibre qu’il appelle
Ces premiers pas bien hésitants sont le début du voyage vers l’Homme

Et le père dit à l’enfant
Il te faut approcher la vérité

Elle est dans ton regard profond
Un arbre, une fleur, un oiseau …Sauront te retracer le secret de son mystère
L’homme a fait beaucoup pour que la vérité devienne mystère
Ne t’abreuves pas à toutes les sources  que rencontrera ton chemin
Tu es source
Tu es source, tu es résurgence de vérité
Certains êtres parlent vrai d’une vérité qui est la leur
Et que tu ne saurais atteindre
Cette vérité, si tu la prenais en ton cœur en leçon apprise
Pourrait devenir poison en ton sein

Et le père dit à l’enfant

Il te faut apprendre à briller
Pour cela fais-toi étoile
Comme elle, laisse écouler de toi la lumière
Laisse-la s’écouler … au-delà du temps et de l’espace compté des hommes
Et tu seras phare dans la nuit pour laisser l’espérance
Tu t’effaceras au jour de clarté et toujours devant le soleil
Tu devras d’éclipser
Sois bonne étoile, sois la chance de tes frères

Et le père dit à l’enfant

Il te faut apprendre à aimer
Aimer !? …Mais ce mot court sur toutes les bouches
Obstrue toutes les têtes là où tu vas
Ne retiens de ce mot que son unique chant
L’amour, c’est la langue des anges, c’est la musique de l’âme
Et tu rencontreras un jour l’être qui met son cœur dans un regard
Et un regard dans son cœur
Ce jour-là tu chanteras ta vraie nature
Ce jour-là tu comprendras
Tu auras grandi

Et le père dit à l’enfant

Quand l’amour aura effleuré les pétales cristal de ton cœur
Ce jour-là ta main saura donner, ta main pourra donner
Et tu vivras dans le don
Tu vivras dans le don comme un poisson nage et vit dans la rivière
Comme un poisson nage … et vit … dans la rivière
La rivière pourtant ne lui appartient pas
Ainsi en va-t-il du don
Sois poisson dans le fleuve
Sois richesse pour ton frère

Et le père dit à l’enfant

En ce moment, ta vie d’homme aura atteint sa raison d’être
La tâche est remplie : il te faudra apprendre à mourir

Enfant, tu es éternel et cette éternité ne se voit qu’en lumière

Simplement ce jour-là je reviendrai
Je reviendrai te dire en silence le sens de ta marche
Je reviendrai en silence affirmer ta vérité
Je reviendrai en silence adorer l’étoile
Te faire vibrer d’amour et te faire don de la vie
L’homme est le livre du monde …L’homme est le livre du monde
Dans la musique, redécouvre l’ancien alphabet
Dans le mystère de ton cœur, prends conscience de l’univers
Cherche ta note et deviens symphonie
L’homme est un initié qui s’ignore et qui s’espère
Il détient toute connaissance sans oser la déchiffrer
Son père pourtant lui a tout donné
Qui le tient vivant dans son souffle, le nourrit de sa lumière

Alors enfant, prends garde
Tu as oublié le mot de ta naissance
Tu as oublié la musique de ton âme
La puissance de l’esprit qui vit en toi
Rebrousse chemin enfant Rebrousse chemin et reviens en toi-même
Reviens en toi-même profond … profond … profond
Reviens en toi-même et redécouvre …

Le chant oublié

 

 

*Vous pouvez me rejoindre sur mon site à l’adresse suivante :

http://www.francoise-desbouches.com

* Ou me contacter directement:

francoise.desbouches@gmail.com